
Les Feuillets de corde
Revue effervescente qui paraît 8 fois l’an
Prix au numéro : 3 euros (envoi compris)
Abonnement (les 8 numéros de l’année en cours) : 20 euros
(On s’abonne actuellement uniquement à la suite des 8 numéros
de l’année 2011-2012)
Pilotage artistique : Daniel Simon et Jack Keguenne
Graphisme et mise en page : Joëlle Salmon
Virement: Traverse asbl
IBAN : BE81 0682 1443 7624 BIC : GKCCBEBB
Production : Traverse asbl
86/14, avenue Paul Deschanel – 1030 Bruxelles – Belgique
traverse@skynet.be www.traverse.be
Coédition -- Diffusion -- Distribution : Couleur livres asbl
4, rue Lebeau – 6000 Charleroi – Belgique
edition@couleurlivres.be
www.couleurlivres.be
© 2011 Couleur livres asbl
Vous pouvez vous procurer »les Feuillets de corde » en écrivant et en commandant à www.couleurlivres.be ou http://www.traverse.be
N°3 L'amour vache
Lancement des Feuillets N°3 dans les environs d'une Saint-Valentin improbable le dimanche 5 février 2012
à la Librairie 100 Papiers à Schaerbeek.
Merci aux artistes, invités et curieux....Un film de Jacques Deglas suivra bientôt...
Texte: Jack Keguenne - Gravure: Roger Dewint

à n'être pas aimé
on se gave de cicatrices intérieures
d'élans insouciants qui distraient de l'ennui
d'un entêtement sournois
du désarroi de ne rien pouvoir identifier
je l'ai aimée
dans le tremblement de la rencontre
avec les sourires maladroits
les bégaiements inaccoutumés si mal dissimulés
et l'agenda dont l'ordre tout à coup
volait en éclats lumineux et s'éparpillait
certes la place était libre
mais son arrivée tant inattendue me surprenait
j'ai pris un verre de vin encore
à porter aux lèvres en attendant d'autres baisers
je l'aimais
malgré les rendez-vous ratés
les dîners reportés
et ces fleurs que je voyais faner
j'étais porté vers l'attente anxieuse
bien au-delà des humeurs vagabondes
des messageries incendiées
et des défauts secrets de nos cuirasses
dans l'impossible d'un mauvais jour
quand le plus bref instant d'éloignement enseigne
à composer avec le souvenir et la désolation
ou que la pluie vient contrarier la promenade
pendant laquelle nous nous serions plusieurs fois enlacés
je l'aime
n'en déplaise à toutes ces manœuvres
qui mettent d'étranges entraves dans ces chemins
où l'amour me pousse pourtant
avec l'absence qui se mue en sentiment
ce creux au ventre venu du désœuvrement
et l'esprit peu tranquille aux aguets
de se vouloir infiniment complété
sans savoir ce qui est à reprendre ou à prolonger
dans cette fragilité devenue bien involontaire
je l'aime
quand le verbe rejoindre
traverse la longueur des solitudes
dans la folie des formes incertaines
que prennent l'immensité et la promesse même muette
la structure des draps froissés
ou la sculpture indéterminée du souffle
l'impossible manière de modeler une passion
de lui trouver un usage et inventer une destinée
je pense que les nuages ne font pas de halte
qu'un regard change sans cesse d'éclat
une bague n'est pas manière de dire
je l'aime
à travers les larmes dans les aéroports
ou cette vie de marin au long cours
qui n'ose pas se retourner sur les océans traversés
mais garde une photographie de la fiancée
les désordres du quotidien viennent parfois effacer
ce que pourtant pour rien au monde
sur terre sur air et mer profonde
on n'abandonnerait volontiers
il y a des chaloupes pour secourir les sourires
les inconnues intimes
je l'aimerai
dans la vibration inquiète de mes gestes confus
avec cette interrogation indécise
ce questionnement longuement retourné
par-delà toutes les solitudes endolories
d'un vide qui vient se répandre dans la chaleur du plein
d'un murmure qui trouve son écho discret
et que l'accueil trouve son accomplissement enfin
je l'ai aimée
je l'aimais
je l'aime toujours
je l'aimerai encore
comme si l'idée de partir s'associait à revenir
l'ennui et le manque se comblent d'une profondeur à découvrir
il y a des atlantiques au milieu de nos impatiences
des surgissements éblouissants pour les yeux fragiles
des corps qui retournent une situation vaine
dans la vigueur interrompue des habitudes
et l'heure sonne clairement dans les faubourgs intimes
pour annoncer par surprise
un mouvement d'époque un renouveau
je l'ai aimée
aux portes de l'imposture
avec cette oppression de me trouver cloué au sol
et cet immense et incessant désir d'ailes
je l'aime toujours
le monde change à mon insu
nous devrons balayer devant nos portes
pour Diane, janvier 2012

Edito
L’amour nous tient et le monde s’efface. Fin de la première image.
Les histoires d’amour…finissent mal en général. Fin deuxième.
Le Marché du sexe et de l’amour est le premier au monde. Fin troisième.
Ces trois ponctuations se fondent dans un même mot qui commence à s’user sous la râpe de la pub, de la com et de l’hystérie numérique. Temps infinis de l’émotion, de la passion, du désir et de l’amour à propos de tout et de rien. Temps vides.
Il est rare de vivre l’érosion d’un mot fondamental. La vertu, si puissante jusqu’au 17ème siècle s’est éteinte aujourd’hui jusqu’à devenir l’apanage des dames d’un certain commerce…Exit, la vertu. Idem de l’amour ?
L’amour vache nous tire dans les pattes ou en-dessous de la ceinture. C’est amour qui broie tout et se donne pour extase. Amour décomposé dans des sentiments de seconde zone : solitudes, alliances financières de première nécessité, hormones en colère, cœurs fragiles,…
L’amour vache est enfant de la haine, de celle qu’on distribue négligemment autour de soi, dans la jouissance des aveugles, des imbéciles et des sourds. La vache à lait de nos temps numériques connait aussi le prix d’un clic ou d’une connexion : l’amour n’a pas de prix.
D.S.
Auteur : Jack Keguenne est écrivain et artiste. Il a publié une vingtaine de livres de genre divers et participé à plus d’une centaine d’expositions d’importances diverses. Il vit à Bruxelles en pensant beaucoup à Montréal.
CONTRE-EDITO
Aujourd’hui, les trains roulent à trop grande vitesse. Ils ne sont plus à vapeur. La vache, allaitante ou laitière, ne les regarde plus passer. C’est bien dommage. Les trains n’ont jamais été à voile. Et, c’est bien ainsi.
Qu’ils aient été à voile ou à vapeur, n’a aucune importance pour la vache. Elle broute. Elle rumine. C’est tout. Elle chie aussi. Cinquante kilos de bouses quotidiennes. La vache est vache. Elle vit dans un monde “all-inclusive” et ne doit se soucier de rien. Dans son pré, le long des voies ferrées, la vache est heureuse.
Dans son étable, respectable et chauffée, la vache attend. L’amour ? La mort ?
Que nous soyons mâles ou femelles, à voile ou à vapeur, nous aussi, nous attendons.
De “speed-dating” en rendez-vous “meatic”, de vitrines en saunas, les plaisirs de l’amour nous sont offerts en “all-inclusive” !
Merveille des temps d’aujourd’hui, nous n’avons plus à séduire. Seule notre chair folle parle et s’offre aux plus offrants. Tel est “l’amour vache”.
JL. Sbille.
Graveur : Roger Dewint a fait ses études aux Académies de Bruxelles et de Boitsfort. Plus de 60 expositions personnelles et rétrospectives en Belgique et à l’étranger. 800 expositions d’ensembles. Représenté dans environ 80 collections publiques et musées en Belgique et dans le monde. Nombreux prix.

JK Anna Fernandez

DS et JK Claude Martin

Roger Dewint Jean-Louis Sbille


Coco Kunik, Lucie Van de Walle, Baudouin Vincent,...

Laetitia Nyirabagabe et Gérard Adam

Ben Weisgerber

Eric Piette
Merci à Ben et Jack pour les photos et à Ram pour l'accueil...
N°2 Moutons Cochons
Librairie 100 Papiers, Schaerbeek
http://www.100papiers.be/Site_3/Home.html
et
• Moutons Cochons Lancement de Feuillets de corde N°2 « Moutons Cochons » avec Vincent Tholomé à la Librairie 100 Papiers en décembre 2011. Un film de Jacques Deglas.| Visionner la vidéo
Le 18 décembre, 16h30-18h30

Texte:Vincent Tholomé - Gravure: Jean-Claude Salemi.
MOUTONS COCHONS
sobre NOUS
est EXACTE COPIE DE
notre NOTRE ENVIRONNEMENT
extérieur
de nous
bonne si
coupe sobres
nos et
visages de
carrés bonne
rasés coupe
de vus
près du
rien dehors
ni dans
personne nos
ne costumes
dépasse d'apparat
les carrés
limites et
qu'imposent tout
les sourire
rampes rien
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nous personne
lançant du
propulsant dedans
sur ne
orbite dépasse
un de
troupeau nos
de lèvres
fusées fuselées
fusant sans nuages
dans filant
le dans
monde le
sobre monde
et sobre
parfait parfait
rasé(s) troupeau
de parfaitement
près rasé
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nos lessivé
intérieurs passé
sans au
nuages grand
submergés bouillon
soudain des
d'ondes eaux
sans s'écoulant
remous fluides
sans en
remords vagues
nous sans
inondent âge
et folles
nous et
baignent furieuses
et baignant
nous les
lavent failles
escarbilles fissures
et du
poussières dedans
débarrassant muselant
le nos
plancher chiens
nous nos
laissant chienneries
comme intérieures
un débordant
vide pourtant
une parfois
béance des
calme cuves
et des
sobre rails
nous se
séduisant répandant
fusant alors
elle train
dans fluide
le et
monde furieux
un renversant
jour le
oui monde
elle oui
nous ébréchant
comblera le
nous blanc
ceux parfait
de la et
queue blanc
de la du
ligne monde
d'autobus ce
ou cher
de la autobus
caisse ce
de bolide
supermarché rouleau
compresseur
NOUS nous
EXACTE COPIE DE muselant
NOTRE ENVIRONNEMENT l'intérieur
Merci aux personnes présentes, aux lectrices et lecteurs, à la performance de Vincent Tholomé,
de Marie-Laure Vrancken,...à Laetitia Nyirabagabe à l'enregistrement son et à Jacques Deglas à l'image
et à David Meuleman de 100 Papiers
JK et DS
graveur : Jean-Claude Salemi vit et travaille à Bruxelles comme illustrateur.
Privilégie la linogravure, participe à l'Atelier de gravure Razkas et joue du swing-musette sur sa guitare!
auteur : Vincent Tholomé ? Une cavalcade intérieure. Des gens grouillant. Déboulant d'escaliers cachés.
Des êtres s'invitant. Prenant corps devant lui.
EDITO
Toujours dans la boue, toujours dans la soue, les cochons, couverts de laine vierge, dans des pâturages verts, les moutons.
Au début du monde, je ne sais plus quel jour nous étions, ils furent nommés et distingués, envoyés vers des destins séparés, diverses festivités. Quoique, en charcuterie comme en boucherie, le moment venu, on aiguise pareillement les couteaux pour la découpe après le sacrifice. Mais, si on égorge encore le mouton, dans les fermes, on ne tue plus le cochon à coups de masse sur le crâne.
Moutons, cochons, depuis toujours, préposés aux ripailles ou victimes des célébrations dans le grand jeu du dévorer ou être englouti.
Pratiques et territoires. Se goinfrer d'un brouet d'épluchures ou brouter l'herbe courte, adorer rouler dans la boue puis être lavé ou détester se voir tondu, se sentir mouillé. Aucun mouton de Parme dans la tradition ni alpage ou transhumance pour les cochons ; chacun chez soi, avec ses habitudes.
A remarquer : nul n'a jamais signalé le moindre cochon de Panurge et il demeure difficile de trouver des moutons en massepain. L'impression me vient parfois que nos existences se déroulent dans des enclos séparés ou suivent des couloirs d'abattoir seulement parallèles.
J. K.
Bio du graveur :
Jean-Claude Salemi vit et travaille à Bruxelles comme illustrateur.
Privilégie la linogravure, participe à l'Atelier de gravure Razkas et joue du swing-musette sur sa guitare!
CONTRE-EDITO
L’important n’est pas d’être heureux, encore faut-il que les autres ne le soient pas.
Jules Renard, Journal.
Un titre, ça se décide souvent sur le coin d’une table… Moutons Cochons est venu comme ça apparemment. En, vérité, l’époque nous soufflait ce titre en creux. Un monde de cochons et de moutons ? Peut-être surtout un monde sous la tyrannie de deux symboles, un monde rallié sous deux bannières animales. Une façon fermière de parler de civilisation. Pourquoi pas ?
Moutons Cochons retourné et Cochons Moutons sonne ailleurs. On tend l’oreille et le sens se construit en tierce, comme dans une chanson populaire. On sent l’allusion mais elle n’est qu’illusion. Ce qui nous touche, c’est la grave résonance d’une histoire collective par le petit bout de l’intime…L’Histoire passe par l’assiette.
Je me sens amateur d’une cuisine qui déciderait de mitonner ces viandes côte(s) à côte(s). Qu’elles aillent ensemble, qu’elles se fricotent de leurs jus odorants et que nos appétits soient rassasiés!
La gouaille est un ton qui convient assez à ces agapes roboratives. Vincent Tholomé connaît la musique et Jean-Claude Salemi, le sombre murmure des contes ambigus. Bienvenue à eux.
D. S.






Photo JK à la librairie 100 Papiers
N°1 Les Enfants chiants

Les feuillets de corde
Pour en savoir plus: entretiens de Jack Keguenne et Daniel Simon avec Emond Morrel sur ...
http://www.demandezleprogramme.be/Ecoutez-Daniel-Simon-et-Jack?rtr=y
Un article de Lucie Van de Walle dans Entre les lignes
http://www.entreleslignes.be/entre-les-lignes/peregrinations.html
Opus 1
Jeudi, 24 Novembre 2011 11:45
Lucie Van de Walle
Déjà guirlandes et paillettes envahissent notre espace visuel et, insidieusement, les vitrines des magasins s'enlaidissent de personnages rubiconds et ventrus. Les Saint Nicolas et Père Noël se télescopent au carrefour du consumérisme et d'ici quelques instants, toute la ville ou plutôt, toutes les villes dégoulineront de la joie des fêtes sans que personne ne puisse s'y soustraire.
Englués là-dedans, hommes et femmes anxieux du lendemain ne savent plus comment assurer le nécessaire. Impérativement rappelés à l'ordre par des jingles racoleurs à vomir, ces mêmes parents s'inquiètent désormais du superflu à fournir d'urgence à leur admirable progéniture, sous peine de...
Un peu de tendresse ne ferait-elle pas l'affaire ?
Comment un angelot au dormir paisible devient-il un bébé hurleur, un gamin ingérable, un ado-technoauditif, désormais étranger à sa mission naturelle de contestation ?
D'autres questions sont soulevées dans Les Enfants chiants , un texte en forme d'interpellation à l'adresse des adultes et signé par Daniel Simon. Cet auteur et pédagogue est aux commandes de l'asbl Traverse, dédiée, notamment, à la création littéraire et à l'origine de l'édition des « Feuillets de corde ». Il s'agit de livrets conçus à l'exemple de ces fascicules suspendus à des cordes et proposés aux lecteurs sur les marchés au Brésil, d'où l'appellation « litteratura de cordel ».
Beaucoup d'idées sont bonnes, plus rares sont celles qui sont bien développées. Quant à les faire aboutir... Apparemment un maximum d'ingrédients sont réunis pour que s'envolent les missives marquées par l'humeur ou l'actualité. En premier vient le côté à la fois minimaliste, radical et multiple de cette initiative. Radical : un texte, une gravure / un thème, un feuillet. Multiple : à partir des « Feuillets de corde » dont la publication bimestrielle est accompagnée d'une série d'actions satellites. Par exemple, la lecture publique des textes, leur dépôt sur la toile et leur enregistrement destiné au podcast, etc. Par ailleurs, Couleurs Livres, co-éditeur, se charge aussi de la diffusion « papier ».
Secondé dans cette initiative par Jack Keguenne, Daniel Simon a associé les arts plastiques. C'est ainsi que le premier opus de ces « Feuillets de corde » version « Traverse » a pris son élan dans l'atelier de gravure Kasba, un des lieux de dynamisme artistique dont peut s'enorgueillir la Commune de Boitsfort/Bruxelles Car, à l'image des « folhletos » brésiliens, les feuillets sont illustrés par une gravure. Aussi la couverture des Enfants chiants, est-elle estampillée Jean-Pierre Lipit.
Dûment imprimés, pliés, colportés, envoyés, dépendus, achetés, offerts, ces « Feuillets de corde » peuvent voyager léger. Bon vent !
« Les Enfants chiants »
Gravure: Lipit/Texte: Simon
Les enfants terribles nous aident à oublier les enfants chiants.
N’en doutez pas, j’en étais un,
n’en doutez plus, vous en étiez,
de ces enfants insurmontables
nous étions et nous serons encore
dans le salmigondis du sperme rabat-joie,
des ovules tristounets
et des amours pique-nique
nous avons fait notre noble destin,
de gamins de misère et gamines éteintes,
mais le temps a passé
et le pire de la troupe
a déjà tout compris : passer et repasser
sous la herse des larmes
fait souvent un salaud ou un piètre imbécile
de cet enfant lointain fondu dans l’illusion
des fêtes infinies : « Je veux, je veux je veux ! »
Et voilà qu’entrent en scène
les parents frais et neufs, des héros d’aujourd’hui,
des géniteurs pressés,
rondouillards et heureux de concentrer le monde
une nouvelle fois dans des flots amniotiques,
un bébé est en route, un petit dieu rieur
aux oreilles bouchées,
ça y est l’enfant est né et la joie est à l’heure,
la farce commence enfin.
Très vite, ils gobent, et reniflent et s’empiffrent
de coulées de soda, de bonbons et de sucre,
pendant que Monsieur - dimanche enfin est là -,
chevauche noble dame ou le contraire souvent,
la fatigue est alliée des égalités molles,
et les enfants chéri? Et les enfants chérie ?
vautrés devant des écrans plats
ils bavent en suçotant des images à deux sous,
criaillent, pleurnichent et régimentent
la troupe des parents qui se met en quadrille
pour calmer la volaille pétulante et rieuse
affligée quelque fois de chagrins en retard,
qu’il s’agit d’écouter dans le bruit des familles,
ces enfants sans pardon ont des noms enchanteurs,
héros de leur époque, comme on donne aux caniches,
enfants calendriers et enfants du dimanche,
on le dit bien des peintres et des écrivains fades,
enfants des ritournelles et des pas de souci,
enfants de lassitude et de longues absences,
Enfants chiants…
et le sourire nous vient.
Mélancolie, sentiment de partage,
vengeance enfin, minimale,
restons corrects, désir de liquidation
(« soldes, fin de séries »),
stupeur devant ces enfants Titanic,
tristesse de les voir dans le sillage cabotin
de parents si tolérants, si, comment dire…
évaporés, volatiles, velléitaires,
bardés de secours psys et d’arguments socios,
parents inassouvis et douloureux,
parents marqués d’inachèvement
(courir, rebondir, conduire,…),
parents branchés, reliés, connectés,
recomposés, abandonnés, ruinés, vidés.
Enfants chiants, nous vous reconnaissons partout:
dans les rayons des magasins, à l’école,
dans les trains, trams et avions,
salles de spectacles et d’attente,
visites familiales, fêtes annuelles et parcs d’attractions…
Votre présence violente nous donne souvent
l’envie de clouer vos parents aux portes des lieux dits
en affichant : « Ici on paye comptant ».
Ils nous encerclent de plus en plus rudement
et leurs canines brillent
dans les jours tristes où ils rôdent.
Nous les voyons, hurler à la lune
chaque soir en réclamant une part, une toute petite part
de ce qui n’est pas à vendre: temps, écoute et réponses claires.
Mais nous ne sommes pas ici
pour lancer des brindilles de morale au centre du grand feu.
Nous avons de ces enfants des souvenirs très vifs
et connaissons parfois la douleur de ce temps.
De ces nouveaux enfants, éperdus dans le vague
et le sucre assassin, nous esquissons ici
un portrait sans remords, nous ne les voyons pas
en monstres miniatures mais en enfants croqués
par le Grand Croquemitaine qui s’est déjà envoyé
dans la panse hier soir leurs parents épuisés.
Lustucru est vivant et rôde dans les parages.
Le joueur de flûte nous avait avertis :
un chant suffit parfois à conduire
les enfants fascinés dans les forêts profondes
d’où ils ne reviennent pas…en regardant de loin
notre monde si creux où nous allons nombreux,
agités et sans joie, le cœur si loin du cœur
et la parole au bec qui nous tombe parfois
comme un fromage blet sur le petit désert
qui fait lieu de patrie.
Daniel Simon
N°1 - novembre-décembre 2011
EDITO
Les enfants ne sont pas faits pour vivre en société… Ils troublent ou dérangent, grandissent et deviennent citoyens.
Les "Feuillets de corde", inspirés de la littérature populaire brésilienne — litteratura de cordel paraîtront 8 fois par an (on peut s'abonner pour l'année en cours). Chaque numéro sera conçu sur un thème choisi par les éditeurs, selon l'humeur ou l'actualité. Il est prévu de publier deux numéros par saison, mais aussi, au besoin, de déroger à cette régularité.
Chaque numéro, chaque thème sera confié à un auteur,. Les "Feuillets" seront toujours illustrés par un graveur (ou une graveuse) selon le même principe.
A chaque parution annuelle (8 numéros donc), un coffret en 25 exemplaires réunira les différents "Feuillets" et un tirage original numéroté de chaque gravure. Certaines gravures se verront sans doute aussi imprimées en cartes postales pour circuler d'une autre manière. Le coffret permettra de rétribuer les acteurs des "Feuillets" et de choyer quelques bibliophiles.
Nous organiserons, à chaque parution une rencontre (lecture, performance,…) dans le, cadre d’une exposition des gravures réalisées pour les "Feuillets", encadrées alors, pour le plaisir de tous.
J. K.
CONTRE-EDITO
“Doucement, j’examine vos ruines.”
Achille Chavée
La revue “Les Feuillets de corde” se veut une revue “effervescente”, qui pétille quand on la consomme… Un rêve il y a quelques années : écrire une lettre régulière à propos des remugles du monde dans lequel nous vivons… Et soudain, ça y est, la “Litteratura de cordel” brésilienne s’affiche en ces mois d’automne au coeur de Bruxelles et me donne l’idée juste : un graveur, un texte.
Je partage vite le projet. Avec Jack Keguenne, d’abord, et il enchaîne en me proposant des artistes qu’il connaît et qui acceptent, eux aussi, de jouer le jeu et de pétiller avec nous… Avec Pierre Bertrand ensuite et il engage sa maison d’édition dans l’aventure (Couleur livres). Merci à eux.
Ce premier numéro, “Les enfants chiants”, s’imposait vite à moi, et donnait le ton : pas de provocation, pas d’audace imbécile, mais tenter de capter l’air du temps, celui que La Fontaine rappelle si bien : “Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés” (Les animaux malades de la peste).
Nous vous réservons donc, deux fois par saison, un thème, un écrivain, un graveur (et le tout, au féminin, évidemment).
Les textes et gravures seront déposés sur le site de Traverse et une lecture du texte (Podcast) sera également disponible. Bonne lecture, pétillez et à bientôt !
D. S.
Vernissage des Feuillets de corde à Kasba - 19 novembre 2011 (1180 Bruxelles).
Un film de Jacques Deglas ...
http://traverse.be/kasba-expo-les-enfants-chiants.php
Lectures, choeurs et reprises par la comédienne Carmela Loncantore qui en "redemande"...
Merci à eux et elles, merci à chacune et chacun...




Photos Jack Keguenne
Vous pouvez vous procurer "les Feuillets de corde" en écrivant et en commandant
à Traverse, à Couleur livres,et en libraires,...
Contributions à Les Enfants chiants:
1. Jean-Louis Sbille/ Monologue de machine à laver
http://www.traverse.be/texte_view.php?id=69 (1ère partie)
http://www.traverse.be/texte_view.php?id=70 (2ème partie)
2. Antonella Daiena /Julia
http://www.traverse.be/texte_view.php?id=75
3. Pierre Ergo/ Le ministre et le banquier
http://www.traverse.be/texte_view.php?id=76
4. Daniel Simon lit Lesenfantschiants.mp3
5. Interwiew à la Foire du livre belge de Uccle par Edmond Morrel pour "Demandez le programme"
SIMON-KEGUENNE-FLB-UCCLE-111120-1.mp3
SIMON-KEGUENNE-FLB-UCCLE-2.mp3